Vous penseriez quoi de quelqu'un qui en arrive à un point où elle voudrait que son frère, sa soeur et leurs gosses se tuent dans un accident quelconque, et si possible aujourd'hui encore? En locurrence, ce quelqu'un se trouve être moi. C'est ce que je viens de dire à mon père au téléphone, entre deux crises de larmes, celles-ci suivies par une crise d'angoisse ou de panique, qui m'a littéralement coupée le souffle. Et là, je ne sais pas si je tremble de froid ou de colère / angoisse / panique (rayez la mention inutile), et il faut que je me souviennes qu'il faut respirer pour vivre, sinon j'oublie et je bloque jusqu'à la nausée. J'ai l'impression que mes poumons sont d'acier et que ma tête va exploser, je me sens physiquement et mentalement mal (on l'aura deviné) et j'en suis venue à un point où je ne sais pas si j'ai envie de flinguer ma famille ou si c'est plutôt moi que j'ai envie de flinguer. Non parce que, que ce soit l'un ou l'autre, quelle différence? Ca n'ôtera pas le problème et c'est bien là où il se situe.
A la question de "Qu'est ce qui s'est passé", voilà l'explication:
Ma soeur a eu son batard - pardon, son gamin- début octobre, elle a fait l'effort de nous envoyer un faire-part non seulement à moi mais aussi à mon père, soit aux deux personnes dont elle gâche la vie depuis, pour moi, la naissance et pour mon père 10 ans. J'ai décidé il y a trois ans de ne plus adresser la parole à ma soeur parce que ses remarques destructrices et sa manie de me prendre pour un punching-ball me rendaient de plus en plus malade. C'est comme la torture chinoise: une averse sur le visage, ça fait du bien, mais une seule goutte qui tombe sur la tête pendant des années, ça rend fou. Mais voilà, elle nous a envoyé un faire-part, même si sans une de ses ex-amie (à qui elle a rendu la vie difficile aussi) on n'aurait jamais appris qu'elle était enceinte. Conflits ou pas, mon père et moi avions donc décidé de lui envoyer non seulement une carte de félicitations, mais aussi un paquet avec des cadeaux pour le bébé.
Il y a quelques mois de ça, ma belle-soeur a accouché de son second b... gamin. Mon frère m'a contacté par ... Copains d'Avant pour m'annoncer qu'elle était enceinte de 7 mois et qu'il voulait me revoir. J'ai répondu gentiment que ça faisait un an que j'attendais qu'il tienne sa promesse de m'appeller et que je trouvais ça hallucinant qu'il me contacte par Copains d'Avant, en me mettant dans ses "Amis", alors qu'il connaissait mon adresse mail et mon numéro de téléphone. Il faut aussi savoir que mon frère m'a obligée pendant des années à sortir sur le trottoir, condition pour venir me chercher, afin qu'il ne croise pas mon père. Après la réception de ce mail, j'en ai eu marre et je lui ai expliqué que je trouvais ça inadmissible, que mon père n'allait pas le bouffer et que je n'allais pas faire le trottoir pour lui. J'ai une fierté moi aussi et j'en avais marre de me retrouver le popotin entre deux chaises. J'ai aussi dit que s'il persistait à m'écrire sur CA, je ne lirais même pas son mail. Il l'a quand même fait, j'ai tenu ma promesse. Après l'accouchement (j'étais à Berlin), j'ai reçu un faire-part pour la naissance de leur gosse. Mon père n'a strictement rien reçu. Je n'ai jamais répondu, parce que je savais que ça allait faire mal au coeur à mon père si je le faisais.
Il faut encore savoir une chose afin de comprendre la suite: mon frère a toujours détesté ma soeur et a développé une jalousie maladive parce qu'elle était la chouchou de mes parents. Ils ne se sont jamais parlé, et ma belle-soeur, de 3 ans sa cadette, lui a toujours fait comprendre qu'elle était une attardée parce qu'elle n'avait pas de copain. Quand ma soeur est tombée enceinte, mon frère, ma belle-soeur et ma soeur se sont rapprochés, ma belle-soeur ayant maintenant de l'estime pour ma soeur puisqu'elle avait un copain.
Donc mon père et moi avons envoyé ensemble ce paquet et on s'attendait soit à rien, soit à un merci très sec sur une carte, comme ma soeur a l'habitude le faire. Ce matin, mon père a reçu une lettre qui nous remerçiait tous les deux au nom du gosse, mais comme quoi le plaisir de ma soeur était gâché parce que nous n'avions pas fait pareil pour les deux gosses de mon frère. "Ce ne sont que des enfants, ils n'y peuvent rien."
Hum... Apparemment ils ont oublié que ma belle-soeur avait refusé que sa gamine vienne de temps en temps chez nous avant la mort de ma mère, alors qu'elle savait qu'il n'y avait plus d'espoir. Ma belle-soeur a toujours refusé de laisser seule la gosse avec mes parents. Après la mort de ma mère ils n'ont plus jamais donné de nouvelles alors que mon père faisait une dépression et que je me prenais tout dans la gueule. Tout ce qu'ils trouvaient à faire, c'est me monter la tête contre lui au lieu de m'aider. Quant à ma soeur, je n'ai pas reçu plus d'aide d'elle non plus, et elle s'est de plus en plus positionnée comme étant la seule victime de la mort de ma mère. Comme étant celle qui souffrait le plus. Certes mon père à l'époque n'était pas facile à vivre, mais aucune d'entre eux n'était obligé de vivre avec lui, c'était moi qui me prenait tous les hurlements, pendant des jours entiers, qui devait entendre comme quoi il se jetterait contre un arbre alors que j'étais assise à côté de lui dans la voiture. C'est quelques mois après ça que je suis partie aux Pays-Bas pour fuir tout ça et devant moi tout le monde disait que c'était bien, que j'avais raison. Entre eux, mon frère et ma soeur s'écrivaient comme quoi c'était stupide ce que je faisais et que j'aurais mieux fait de rester là. J'ai appris ça il y a quelques semaines à peine, mon père n'avait pas voulu me le dire. Comment je sais qu'ils s'écrivaient ça? Parce que mon père reçoit de temps en temps, on ne sait pas trop pourquoi, des mails que ma soeur écrit à d'autres personnes. Probablement parce qu'il était l'administrateur de ces comptes il y a plusieurs années et qu'il y avait un bug dans le système.
Alors voilà, je dois admettre que j'ai eu beaucoup de mal à lui envoyer ce cadeau, j'ai du me forcer. Ma première réaction avait été: "Mais j'en ai rien à foutre de cette conne et de son bâtard!". J'avais fini par me faire une raison, et de me dire, allez, montre-toi un peu plus futée. Résultat, au lieu de juste dire merci, c'est encore des accusations qu'elle nous envoie. Rien à faire, ça fait des années de mon père fait tout pour la calmer, en se donnant la faute pour des trucs qu'il n'a jamais fait, en lui disant que quoi qu'elle fasse de sa vie, tant qu'elle était heureuse c'était bien, et tout ce qu'elle répond à chaque fois, ce sont d'autres accusations et des "J'ai pas besoin de ton soutien, j'ai pas besoin de ton approbation, j'en ai marre de toi, etc.". Allez me dire ensuite que quelque chose de constructif pourrait encore émerger d'une situation pareille?
Bien sûr, puisqu'on a été tous les deux visés dans cette lettre, mon père voudrait bien que je leur écrive une lettre à tous les deux, mais sans les envoyer chier, sauf que si j'écris vraiment cette lettre, je ne vais faire que ça. Ca avance à quoi de s'envoyer des horreurs sans arrêt? Des accusations? Des "Oui mais toi tu as fait ci et ça"? Même si je faisais comme mon père à m'excuser de choses que je n'ai jamais faite, je recevrais les même réponses que mon père reçoit. Qu'est ce qu'on peut changer à la haine qu'à ma soeur envers moi depuis que je suis au monde? Qu'est ce que je peux changer au fait qu'elle a toujours été jalouse du fait que je soit plus grande et que c'est moi qui ait l'air d'être la grande soeur alors qu'on a 7 ans de différence? Qu'est ce que je peux changer au fait que j'ai l'assurance qu'elle n'a pas? Tout ça, ce sont les choses qu'elle m'a reproché depuis que je suis une petite fille, dans ces mots-là. Alors dites-moi que c'est normal de détester sa petite soeur pour des futilités pareilles? Combien de fois je lui ai dit que je ne la jugeais pas et que je voulais juste passer du temps avec elle? Si elle ne me croit pas, qu'est ce que je peux faire? Depuis que je suis petite elle est allée raconter à mes parents que je suis une menteuse. Que mes maux de tête étaient faux, que mon dos ne faisait pas mal, c'était juste pour pouvoir avoir le bon fauteuil que je disais ça. Et mes parents qui ont tout gobé et à cause d'eux je me retrouve à avoir un nez qui a été cassé mais jamais réparé, et qui aujourd'hui m'empêche de respirer correctement, mon dos qui n'a jamais été soigné, pas plus que mes maux de tête. Quant à mon frère, qu'est ce que je peux en dire? Il a toujours été silencieux comme une tombe, n'a jamais rien dit, nous n'avons jamais eu une conversation, ni quand j'étais petite, ni après. Il n'a jamais pu parler à mes parents de ses problèmes, résultat, il s'est retrouvé dans des soucis financiers très lourds et il aurait pu aller en prison si mon père ne l'avait pas aidé à temps, en découvrant le problème par pur hasard. Comment régler les problèmes d'une personne qui ne dit jamais rien, ne parle pas? Mais ensuite, ne va pas accuser tes parents de n'avoir jamais rien fait pour toi alors qu'ils t'ont sorti de la merde une bonne dizaine de fois, à chaque fois en découvrant le problème par hasard!
Alors dans tout ça, voilà où j'en suis aujourd'hui: soit c'est eux qui crèvent, soit c'est moi. Le problème, c'est que je ne vois aucune autre issue. J'ai envie de tout abandonner, de tout lâcher et d'aller m'enterrer quelque part. Si je pouvais les enterrer eux, ça serait encore mieux. Je me retrouve à trembler de la tête aux pieds à cause de ça, ma tête qui va exploser, ma respiration qui bloque et mes jambes qui ne me portent plus. Je ne veux pas leur écrire de lettre parce que je ne supporterais pas la réponse, parce que je sais que ça sera de nouveau un rejet. Je veux juste vivre, juste avancer sur mon petit bonhomme de chemin, mais il n'y a rien à faire, c'est toujours pareil, on m'en empêche toujours. Là en ce moment, j'ai l'impression d'être un monstre, je me dis que c'est moi le monstre. C'est drôle, mais c'est toujours quand mon anniversaire approche que les emmerdes approchent aussi. Ma mère qui meurt deux semaines avant mon 21ème anniversaire, les années suivantes aussi des emmerdes et cette année je sens que ça va être de pire en pire. Résultat, chaque année je veux fêter mon anniversaire avec mes copines et chaque année j'annule. Je sens que ça va de nouveau être pareil cette année, alors que pour moi, mes 25 ans, je m'étais promis que ça serait une date charnière, le début d'une autre façon de vivre, que le quart de siècle qui venait de se terminer allait rester le pire de toute ma vie et qu'il n'y aurait plus jamais une seule année aussi terribles que celles j'ai vécues jusqu'à aujourd'hui. Je pense qu'il y a des gens qui naissent pour être heureux et d'autres qui naissent pour être malheureux et qui restent seuls toute leur vie, parce qu'ils sont persuadés que le bonheur, c'est tous les autres qui le concentrent. Si j'avais quelque part où aller, pendant une semaine, loin de tout, histoire de parler à quelqu'un de tout ça et de réfléchir à la suite, mais bien sûr je n'ai personne, ni nulle part où aller que le fond de mon lit où me terrer. J'ai bien peur que là, j'en arrive à un point de non retour.